Le passage du Nord-Banc


Cette nuit, j’ai fait un rêve hors du commun. Je me déplaçais à grande vitesse dans le ciel, m’amusant à prendre de l’altitude pour replonger en surpassant mes accélérations. Grisé par la vitesse, l’idée m’est venue d’essayer de passer le mur du son. Je me suis élancé, propulsé par cette énergie silencieuse qui ne semblait pas connaître de limite et j’ai dépassé la vitesse du son dans un claquement au bout de quelques secondes. L’expérience a été tellement euphorisante qu’une idée folle m’a traversé l’esprit, si j’avais passé le mur du son en quelques secondes, je pouvais tenter de dépasser la vitesse de la lumière. Sans plus y réfléchir, je me suis élancé à nouveau et tout aussi rapidement, j’ai entendu le claquement du mur sonore. J’augmentais toujours ma vitesse, allant jusqu’aux limites du contrôle de ma perception, quand soudain, j’ai eu la sensation de filer dans un couloir. Un vertige fulgurant m’a traversé et tout est devenu lumineux autour de moi. J’étais à l’arrêt, en état de lévitation, le corps immergé dans une lumière vivante où tout ce qui existe au monde semblait être contenu. Cette lumière intelligente me permettait de donner forme à mes pensées.
Je les visualisais de manière instantanée et leurs représentations venaient en totale concordance avec mon expérience du réel, surpassant même en intensité la perception de l’état de veille. Cela est difficile à exprimer, mais les choses représentées n’avaient ni commencement, ni fin. Si par exemple, je pensais à ma vie, elle apparaissait comme un paysage que l’on peut embrasser d’un seul regard. Aucun détail n’y était oublié. Si mon souhait était de savoir ce que les autres ont retenu de moi, je me mettais aussitôt à éprouver ce que tous ceux qui m’ont côtoyé ont pu ressentir à mes côtés. Mon vécu était là, telle une vaste mosaïque dont les éléments se trouvaient assemblés par signification, par affinité et en dehors de toute chronologie. La lumière s’amusait de mes découvertes et je savais que les miracles que je produisais par la pensée étaient dus à son rayonnement. Je baignais dans sa formidable potentialité, avec le sentiment d’être un pur esprit. Allez vers "le passage du Nord-banc"