Le messager du Nord-banc


En raison de la brume, je ne voyais ni le pied ni la cime de l’arbre. Des reflets gris argentés couvraient son écorce lisse à cause de l’air chargé d’humidité. Au bout de quelques minutes, un écureuil s’est approché de notre branche, d’abord furtivement, puis de manière assurée. Alors l’oiseau nous a présenté. L’écureuil est le guide des voyageurs qui utilisent le hêtre comme échelle entre les mondes. 
Il a toujours été au service de ceux de la Teste de Pan et je pourrais à l’avenir faire appel à lui en cas de besoin. Après nos présentations, l’oiseau s’en est allé, il m’a simplement dit de voler droit au Sud pour revenir au mas. Puis, peu de temps après, l’écureuil a aussi pris congé, me disant qu’il fallait à présent que je converse avec notre hôte pour clore aimablement ma visite. En caressant de la paume l’écorce lisse de l’arbre, je l’ai remercié de m’avoir accueilli sur sa branche. Ensuite je l’ai questionné mentalement : quel savoir peut ouvrir aux humains la voie d’un autre futur ?
- Ceux qui se tournent vers les profondeurs de l’esprit parviennent aux sources de la conscience. S’ils n’y rencontrent aucune lumière, aucun écho, la frayeur du néant risque de les saisir et cette peur les poussera dans une quête éperdue de l’illusoire. Obsédés par la surface des choses, ils s’y adonneront obstinément. Ils deviendront esclaves de leurs désirs insatiables et s’éloigneront inexorablement des profondeurs de la conscience. 
Ils convoiteront toutes les choses superficielles du monde, chercheront à se les accaparer, égarant sans relâche leur esprit dans des ambitions absurdes ou dans des dogmes réducteurs. Pourtant, de véritables richesses auraient pu germer en eux. Ainsi ils auraient réalisé leurs désirs d’être, plutôt que d’être possédés par leurs désirs d'avoir. 
Il est sage de nourrir sa conscience, de ne jamais la fuir, car c’est la seule richesse que les vivants possèdent réellement… Sauver l’humanité, c’est trouver l’image qui la débarrassera de la peur du néant et la ramènera vers la quête des lumières profondes.
Ainsi a parlé l’esprit du hêtre et je m’en suis allé à mon tour après l’avoir salué respectueusement.J’ai volé dans la direction prise par l’oiseau sans être certain qu’il s’agissait du Sud. Bientôt, le brouillard fut tellement épais autour de moi que j’ai dû me poser. Je me suis rendu à l’évidence, je m’étais égaré…